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Coupures

En 1967,Cat Stevens nous gratifiait de l'une de ses innombrables magnifiques chansons:

"The first cut is the deepest".

Ce matin, après une nuit de tempête et de pluie sur la Bretagne, je la réécoute au coin du feu.

Mauvais spleen.

Chaque jour qui passe m'apporte des nouvelles de Tahiti attisant la nostalgie effarante que je tente pourtant de contenir. C'est un effort de tous les instants, tant la coupure continue à faire mal.

Depuis plusieurs mois,je m'étais pourtant préparé à ce retour obligatoire, j'avais mentalement égrainé toutes les satisfactions qu'il m'apporterait. C'est vrai,il y en a. Elles sont d'ordre intime, liées à des êtres qui me sont très chers et qui se reconnaîtront s'ils me lisent.

Mais j'avais sous estimé un phénomène dont on m'avait pourtant maintes fois entretenu.

Le climat qui règne en Métropole. Et chacun comprendra que je ne parle pas de la météo.

Pour faire simple, disons que je ne reconnais pas le pays que j'ai quitté en 2004. Certes à cette époque les prémices de ce qu'il se passe aujourd'hui étaient déjà discernables pour peu qu'on y prêtât attention.

Morosité, avènement de l'individualisme et de ses replis, qui sur soi, qui sur sa communauté.

Et pire que tout, la résignation.

La crise financière dont on nous rebat les oreilles ces dernières semaines n'est pas faite pour améliorer les choses, on en conviendra.

Il m'a fallu du temps pour comprendre ce qui me manquait le plus de Tahiti.

J'ai longtemps cédé aux clichés faciles, soleil, lagon, gentillesse des polynésiens. Certes tout cela est vrai mais ne constitue pas quoi que ce soit d'insurmontable.

Et puis, au fil des jours, une cause plus fondamentale de ma nostalgie m'est apparue.

A Tahiti,les turpitudes du monde extérieur paraissent lointaines.

Comme si l'isolement géographique constituait un sas de sécurité.

Même si ce n'est qu'une illusion qu'il faut garder à l'esprit, comment ne pas la considérer comme infiniment agréable ?


Et doit-on renoncer aux plaisirs terrestres au prétexte qu'ils seraient illusoires ?

Question philosophique classique...

A chacun sa réponse.
# Posté le dimanche 05 octobre 2008 06:41
Modifié le lundi 06 octobre 2008 06:47

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